Les maisons bio organiques de Las Olas sur le lac Titicaca

« Quel caractère ! »

Voilà le premier qualificatif que j’ai lu pour Las Olas.

C’était dans le Guide du Routard, décrit comme « adresse coup de coeur ». Rien ne laissait vraiment présager ce que nous allions découvrir, même si le descriptif se poursuivait par l’évocation de constructions bio-organiques. Nous avons découvert un des plus beaux hébergements de notre voyage.

Niché sur les hauteurs de Copacabana, bourgade bolivienne sur les rives du lac Titicaca, un groupe de constructions attire le regard de tous.

« C’est là que nous allons ! ». Après une petite grimpette, nous traversons des jardins fleuris, dont la pelouse est entretenue par… 3 lamas. Nous les rencontrerons pendant tout notre séjour, y compris devant la porte notre chambre.

Les escaliers vers Las Olas
Les escaliers vers Las Olas

Avant d’arriver à Las Olas, nous passons devant un hôtel, la Cupula, qui a aussi des formes assez organiques. Nous apprenons qu’il a été créé par la même personne. Mais si La Cupula a tout d’un hôtel, Las Olas que nous découvrons enfin ressemble à un village utopique. Chaque maison/habitat est différente et intégrée à son environnement.

 

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Nous découvrons la chambre. Une immense baie vitrée, en fer forgé et verre coloré, donne sur le lac Titicaca. Des hamacs nous invitent au repos et à la méditation. Le sol est fait de rondins de bois coupés dans la tranche, une kitchenette avec pour plan de travail un bloc de pierre et un évier en bois.

Au centre de la pièce principale, un foyer traditionnel en terre, dont nous abuserons. Car à cette altitude (4000m) les nuits sont fraîches. La flambée a été préparée (comme pour chaque jour que nous avons passé). Je craque une allumette et c’est parti. A coté de ce poêle, un panier rempli de bûchettes nous permettra de prolonger le plaisir de ce feu jusqu’à notre coucher. 

las olas
Le foyer traditionnel des andes en terre, bien utile à 4000m.

Le lit, d’un seul bloc, est intégré à la structure de la maison. Des plantes poussent du sol. Eh oui, pourquoi mettre des pots ? Il suffit de prévoir leur place dès la conception de la maison ! Nous découvrons la mezzanine avec deux lits et encore des ouvertures sur l’extérieur qui laissent pénétrer de doux rayons de soleil. J’entends un « wouah » qui vient du bas. On a découvert la salle de bain. Elle est recouverte de pierres, avec des gros blocs qui forment la séparation de la douche. A son pied, encore des emplacements pour des plantes, du lierre, délicatement disposé.

Bon, on avait prévu deux nuits, et on avait hésité avec trois. L’endroit est un peu plus cher que notre budget habituel en Bolivie, mais l’endroit est tellement hors du commun. Et puis, j’ai envie d’en savoir plus sur ces maisons/sculptures. Alors, comme il semble que l’endroit soit toujours complet, nous décidons de confirmer tout de suite la troisième nuit. Et malgré cela, je trouve encore notre séjour trop court.

Je me demandais bien qui pouvait être à l’origine de ce lieu. Je m’informe à la réception. Le propriétaire sera là demain. Parfait. A demain !

rencontre impromptue - lama devant notre porte

En attendant, nous profitons de la maison. Nous passons du temps dans le hamac, déambulons dans les jardins, méditons sur la vue de la magnifique baie vitrée, qui mérite d’être contemplée autant que le paysage. Nous mangeons dans le restaurant à coté, car nous n’avons pas eu le temps de faire les courses.

Il est délicieux. J’essaie un plat végétarien qui confirme encore que, gustativement, on se passe aisément de viande.

Le lendemain, un européen avec un chapeau, style Indiana Johns, s’entretient au téléphone d’un air sérieux. Je demande à la réception si le propriétaire est là, on me dit que c’est lui.

Son appel terminé, je me dirige vers lui. Il parle plusieurs langues et me demande dans laquelle je préfère échanger : espagnol, anglais, allemand, français. Euh français… Il accueille ma demande  d’en savoir plus sur les constructions avec enthousiasme, mais il n’a pas beaucoup de temps aujourd’hui, et nous convenons d‘échanger autour d’un verre le lendemain soir.

Notre rencontre prend la forme d’une interview. Je retrouve Martin Stratker au restaurant de la Cupula et c’est autour d’une bière que notre entretien débute… en français !

Martin Stratker, le fondateur du lieu
Martin Stratker, le fondateur du lieu, sculpteur architecte

Martin est allemand, originaire de Bochum. Quand il décide de faire les Beaux Arts pour devenir sculpteur, ses parents tentent de l’en dissuader et lui coupent les vivre. Il part alors en Ecosse pour travailler et se donner les moyens de les faire. « Il faut essayer de vivre ses rêves », ajoute-t-il en souriant.

Il devient sculpteur, professeur d’art et enseigne deux ans au Chili. C’est pendant cette période qu’il visite le Pérou, l’Equateur, la Bolivie et va deux fois à Copacabana. Cette ville semble avoir de nombreux atouts pour ses futurs projets.

Il se rend assez vite compte qu’il ne suffit pas à un artiste d’avoir du talent pour vivre de ses œuvres. Alors, avec son épouse, il décide de se lancer dans le tourisme et l’hôtellerie. Copacabana a encore de beaux terrains disponibles, un fort potentiel touristique grâce à sa position stratégique sur le lac Titicaca, et une législation qui permet de laisser libre cours à son imagination.

Il s’y installe en 1994 et construit la Cupula, qui sera son premier « laboratoire de formes ». Le thème de la coupole y est repris à plusieurs reprises. On trouve également les prémices de l’architecture qui caractérisera Las Olas : courbes, habitations largement ouvertes sur l’extérieur, utilisation de matériaux locaux. Le bleu et le blanc dominent et rappellent la Grèce.

 

Devenir hôtelier n’est pas donné à tout le monde, en faire un lieu de référence non plus. C’est pourtant ce qui lui apporte le succès et les moyens de lancer le deuxième projet. Celui qui le prend aux tripes, le fait vibrer.

Et on le sent. Je dois dire que l’accueil et les prestations du lieu sont remarquables. Chaque détail est pensé pour le bien-être des hôtes. De la literie aux jardins, du petit déjeuner à la salle de bain, aux kitchenettes, les hamacs… L’ensemble est parfaitement entretenu, laissant seulement paraître au fil des années la légère patine qui participe au caractère du lieu. On est loin de l’artiste farfelu, perdu dans un art ésotérique. Le réalisme allemand ?

« What before was earth, rock, a tree, below our hands becomes a house, for us sometimes almost a living being, sometimes art. The eternal dream of creating, it seems we got caught, seduced, addicted. »

La Cupula aura donc été l’élément révélateur, libérateur pour Martin. Cela aura été l’occasion de rencontrer des artisans exceptionnels avec qui il entretient une relation particulière et auxquels il rend constamment hommage, comme sur le site internet qui présente ses créations (http://www.construarte.biz).

Dans le projet initial, Las Olas aurait du être un ensemble de maisons en bois, mais finalement, Martin trouva une liberté bien plus grande dans la combinaison des matériaux à sa disposition : bois, céramique, pierre, terre, lumière et… végétation.

Ses influences ? Il reconnaît une parenté avec Gaudi, certaines personnes lui ont parlé d’Hunterwasser (mais il ne connaissait à l’époque que son oeuvre graphique). Il me parlera davantage d’architecture africaine, arabe, amérindienne et andine.

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Les influences de las Olas… Gaudi, l’art africain… un mélange organique.

Au début de chaque création président le lieu, les matériaux, et quelques dessins griffonnés dans un petit carnet pour schématiser et expliquer ce qu’il souhaite, la forme du toit, un lavabo, par exemple. Ensuite, il se laisse diriger par son inspiration et les rencontres des matières.

Par exemple, dans notre salle de bains, la forte présence minérale n’avait pas été prévue. C’est la découverte de magnifiques pierres plates pendant les fondations qui lui donnèrent l’idée de les intégrer dans les murs, au sol, en bordure et en séparation de la douche.

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Les maisons de las olas et les eucalyptus

Ainsi, son équipe et lui utilisent au maximum les matériaux à disposition. Pour le bois, l’eucalyptus est parfait. On le trouve en abondance, on le travaille facilement et il s’intègre aux constructions. Les arbres sont découpés sur place, transformés en planche, ou laissés bruts selon les besoins. « Pas besoin de les replanter, les eucalyptus repoussent des souches. C’est un matériau formidable, on en a planté 700 derrière notre terrain depuis 10 ans. »

« Pour les murs, des briques en adobe faites sur place. »
L’adobe est utilisé ici depuis des millénaires. Les pierres pour les fondations, les éléments de décoration, le mobilier. Ils complètent ces éléments par du fer (pour certaines structures complexes et les baies vitrées) et parfois le ciment.

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Terre et adobe sont utilisées.

« Tu as une idée, et tu développes l’idée. »

« On écoute la maison qui est en train de se construire. La maison dit ce qu’elle veut être dans la recherche de l’harmonie à laquelle on veut répondre. »

Laisser la créativité venir sans tout prévoir à l’avance. « C’est certes plus stressant. On est plus impliqué. » « Pendant des nuits je ne dors pas », mais lui et son équipe trouvent toujours les solutions, et « à la fin ça marche ».

C’est ainsi que se matérialisent la maison escargot, le tipee…

Ce processus de création est assez similaire à celui de la sculpture. Un dialogue permanent entre l’intention de l’artiste, la matière et la forme qui surgit peu à peu. Laisser une part au hasard, prendre des chemins inattendus. A chaque fois, des défis techniques relevés avec succès. Et au final des maisons étonnantes où l’on se sent bien.

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L’escargot

Car l’esthétique est un fil conducteur qui passe par la voie du bien-être des occupants. Martin confiera : « Nous sommes un lieu de vie, pas dans un musée. » Chaque fois qu’une maison est terminée, il l’essaie, une ou plusieurs nuits, pour corriger les détails. 

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Maison tournée vers l’extérieur, intégrée à son environnement.

Le mobilier est fortement intégré, tout comme les plantes. Le mobilier prolonge l’architecture. De même, il y a une continuité entre l’extérieur et l’intérieur grâce à la juxtaposition de la végétation, de la lumière omniprésente, des matières minérales et organiques. Une certaine sensualité se dégage, proposée par les formes douces et arrondies. Nous sommes à l’intérieur, sans rupture, protégés, à contempler les magnifiques paysages qui s’ouvrent à nous.

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Le lit et la table sont intégrés à la maison

Aujourd’hui, Martin manage 34 personnes. C’est beaucoup. C’est devenu sa principale occupation. Et aussi, sa principale crainte. Car le risque est grand de se perdre dans ces contingences… humaines « Regarde, j’ai 34 personnes, pour bien faire, je dois bien parler 10 minutes avec chacun d’eux chaque jour. Ça laisse peu de temps pour le reste », me confie-t-il avec une pointe d’amertume. D’un autre coté, nous avons senti une certaine fierté chez toutes les personnes qui travaillent ici.

C’est très révélateur de l’ambiance que Martin insuffle.

Car au delà des merveilleux moments que nous avons passés, un mot me vient à l’esprit : Générosité, des lieux et de l’homme qui les fait vivre.

Ecolodge Las Olas www.hostallasolas.com
ou sur booking

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