Hue, capitale de l’Empire d’Annam

Pour atteindre Hue depuis Sapa, on est obligés de repasser par Hanoi puis prendre un train de nuit. L’occasion de revoir la capitale du Vietnam qu’on a bien aimé. Le 24 Novembre, avant de prendre notre train, on en profite pour refaire un petit coucou à notre cher « Lac de l’épée restituée », et comme c’est le week-end, on a la bonne surprise de découvrir ses rues adjacentes piétonnes.

Hanoi - Lac de l'épée restituée piéton le week-end et défilé de jeunes communistes - Vietnam
Hanoi – Lac de l’épée restituée piéton le week-end et défilé de jeunes communistes – Vietnam

Comme on a quelques heures devant nous, on en profite pour visiter le musée des femmes, très instructif.

A l'entrée du Musée des femmes - Hanoi - Vietnam
A l’entrée du Musée des femmes – Hanoi – Vietnam

On y découvre le rôle clé qu’elles jouent au sein de la société vietnamienne, et celui qu’elles ont joué dans la guerre auprès d’Ho Chi Minh. Gardiennes du foyer, ce sont aussi elles qui assurent les travaux dans les rizières, pèchent, élèvent les enfants, Cérémonials de mariage, dots, etc…descriptions et objets nous font appréhender les diverses traditions. Certaines tribus étaient d’ailleurs matriarcales. Et ce qui me fait sourire, c’est que tout était bien inversé. Elles partaient « à la chasse au mari », c’est lui qui offrait une dot, ce sont elles qui choisissaient, etc… Ha ! C’est bien ça !

Durant la guerre, beaucoup de femmes se battirent comme les hommes. Ici la femme, même si elle mérite un musée, a un rôle fort et reconnu, si on ne peut pas parler de vraie égalité. Mais ne se ferait elle pas un peu exploiter quand même ??

Je me fais tout de même cette réflexion qu’on présente ici beaucoup les traditions des différentes tribus. Et si les Vietnamiens commençaient par bien les traiter au lieu de les mettre en avant dans un musée ?

On voulait aller boire un verre à l’Hotel Métropole, construit par les Français au début du siècle et véritable institution à Hanoi. On n’aura pas le temps. Décidément les vieux palaces coloniaux se refusent à nous (voir notre visite ratée de l’Hotel Raffle à Singapour)…

Le soir venu, départ en train de nuit ! Super ! On adore tous les trois !! Et on est dégoutés que les lignes s’arrêtent en France d’ailleurs. Bien installés dans nos couchettes, on a droit à un service impeccable, avec petite bouteille d’eau, fruit, et draps frais (on voyage dans un compartiment de quatre).

De quoi arriver reposés à Hue le lendemain.

Hue restera pour nous… pluvieuse. Comme tout le centre du Vietnam d’ailleurs. A priori Novembre est une très bonne saison pour visiter le Vietnam, sauf… le centre… On est déjà avancés dans la saison des pluies mais elle a décidé de jouer les prolongations avec nous.

On se rend à Hue car c’est l’ancienne capitale de l’Empire d’Annam, le coeur de la dynastie N’Guyen, dont on entendra beaucoup parler, et qui régna sur le Vietnam du XVIIIeme siècle à la chute de l’Empire en 1945. Les Nguyen furent fortement influencés par les Français qui les aidèrent à accéder au trône, avant de carrément signer le protectorat avec les Français en 1883. Aussi, même si au départ leur légitimité était forte (ils avaient chassé les Mandchous), leur pouvoir réel fut vite assez limité. Le Protectorat d’Annam fut l’une des 5 « provinces » de l’Indochine avec le Tonkin au Nord, la Cochinchine au Sud, le Laos et le Cambodge.

Ils laissèrent en tout cas à Hue les plus beaux exemples d’architecture impériale du Vietnam, classés au Patrimoine mondial de l’Unesco (encore…).

Par ailleurs, il faut savoir que Hue se situe juste à la limite du 17eme parallèle (là où le pays fut coupé en deux après la guerre contre les Français gagnée par Ho Chi Minh en 1954). Aussi, elle a été le théâtre de dur combats et bombardements pendant la guerre contre les Etats-Unis.

C’est donc munis de nos plus beaux parapluies (achetés au Japon et ma fois bien utiles ici) que nous partons à la découverte de la ville. Elle est plutôt très agréable, traversée par son long et large fleuve, la rivière aux parfums. (Là il ne sent pas spécialement bon, le fleuve, mais historiquement, des plantes médicinales poussaient sur ses berges, parfumant le cours d’eau). La vie s’organise ensuite autour d’une longue artère commerçante, et les fameuses berges, aménagées, propices à la promenade.

Sur la rivière aux parfums - Hue - Vietnam
Sur la rivière aux parfums – Hue – Vietnam

On se rend à la Cité Impériale, inspirée de la Cité Interdite de Pekin, en plus modeste, c’est certain.

Elle fut construite par le premier empereur NGuyen, Gia Long, au tout début du XIXeme siècle. Pour cela, 80 000 ouvriers furent employés, et on démantela des bâtiments de Hanoi pour en récupérer les pierres.

L’ensemble de la cité est cernée par des remparts à la Vauban (he oui, il a vraiment essaimé partout celui-là : les français ont aidé à construire la cité), abritant un quartier de Hue.

Face à l’entrée principale, on est impressionnés par les dimensions du bastion qui servait à défendre l’entrée de la citadelle, et que l’armée du Vietcong orna de son drapeau lors de l’offensive de la fête du Têt pendant la guerre, drapeau toujours en place aujourd’hui. La fête du Têt est la plus grande fête Vietnamienne, leur nouvel an. C’est LE jour de l’année où personne ne travaille, et il fut logiquement déclaré jour de trêve pendant la guerre contre les Américains. Mais le Vietcong viola la trêve en 1968 et s’empara de Hue et de sa cité impériale pendant plusieurs semaines. Les combats et bombardements détruisirent une grande partie de la cité.

Jeunes filles devant le bastion de la cité impériale - Hue - Vietnam
Jeunes filles devant le bastion de la cité impériale – Hue – Vietnam

On pénètre par la porte du midi dans le coeur de la Cité, demeure de l’empereur, sa famille, ses femmes, et ses concubines (l’empereur pouvait en avoir jusque 300 !!).

Comme en Chine, on y retrouve les jolies tuiles jaunes, symbole du pouvoir royal, et les toits sont agrémentés de sculptures de jolis dragons.

Le palais du trône est très bien préservé également, avec toutes ses colonnes.

Au delà…la « cité pourpre interdite » nous attend, et… on est choqués par la désolation des lieux. On a beau avoir lu qu’il y a eu des bombardements et des dégâts, ce sont ici des ruines que l’on voit, malgré les efforts de rénovation entrepris depuis de nombreuses années par le gouvernement. Une maquette sous les belles galeries toute neuves nous aide à nous figurer les lieux avant la guerre. Difficile de se rendre compte : Sur les 300 bâtiments d’origine, seuls 80 restent debout, autour de l’espace central.

Dans les ruines de la Cité Pourpre Interdite - Cité Impériale - Hue - Vietnam
Dans les ruines de la Cité Pourpre Interdite – Cité Impériale – Hue – Vietnam

C’est donc ceux qui ce qu’on explorera, notamment les jolies galeries rénovées récemment,  le pavillon de la littérature, dédié à la lecture de l’empereur, le théâtre royal, où un mariage se prépare aujourd’hui, le palais de la reine mère, et surtout le superbe temple du culte des empereurs NGuyen, qui a fait l’objet d’une superbe restauration durant de longues années. On découvre l’art Vietnamien de la mosaïque à base d’assiettes en faïence. On admire les belles portes latérales également.

 

 

 

 

On sort avec un sentiment amer… que de gâchis peut faire la guerre…

Le lendemain, 26 Novembre, on part à la découverte des mausolées des empereurs, situées dans la campagne autour de Hue. Comme on a choisi de n’y consacrer qu’une journée, on a décidé d’accepter la visite organisée par notre hôtel : prix imbattable, et clé en main. On découvre qu’un couple de Suisses francophones, Etienne et Ingrid, nos voisins de petit-déjeuner, ont choisi la même option. On noue vite contact, et Eden les adopte dans la seconde : des gens sympas, s’intéressant à elle, et qui parlent français ?! Que demande le peuple ! On part retrouver le reste de la petite troupe avec qui on passera la journée. Et là, surprise, qui retrouve-t-on ? Notre amie Tina, rencontrée dans la baie d’Halong ! Incroyable. La journée s’annonce bien. Pluvieuse, mais bien !

On embarque sur la rivière aux parfums sur un des bateaux bien typiques à tête de dragons, qui nous attirent depuis la veille. Chouette de descendre le fleuve le nez au vent. Objectivement on n’entend rien de ce que nous dit notre guide, alors on n’écoute pas trop… On se laisse porter par la mini-croisière.

Premier stop intéressant à la Pagode Thien Mu, ou Pagode de la Dame Céleste, fondée au XVeme siècle, et l’un des bâtiments les plus remarquables de Hue avec sa forme octogonale. On apprend que ses 7 étages représentent les 7 réincarnations de Bouddha. On passe sous les trois portes. On admire la belle stèle sur tortue, comme on en a déjà vu à Hanoi au temple de la littérature, et on doit déjà partir… pas facile la visite en groupe quand on n’est pas habitués… il y a de la frustration dans l’air…

Pagode de la Dame Céleste - Hue - Vietnam
Pagode de la Dame Céleste – Hue – Vietnam

On part ensuite / enfin pour la vallée des tombeaux : Dans la religion Bouddhique, la vie après la mort est plus importante que la vie terrestre, et on croit que la vie continue après la mort de la même façon (on boit, mange, etc…). Si bien que chaque empereur Nguyen fit bâtir son propre mausolée, à la fois résidence de campagne de son vivant (quand il fut achevé avant sa mort) et lieu devant l’accueillir après la mort.

Dit comme ça, on dirait qu’on part un peu à la découverte des pyramides versions Vietnamienne, mais ces mausolées datent du XIXeme ou ou début XXeme siècle, donc rien à voir si ce n’est dans l’objet des constructions.

Comme chaque empereur décida des plans, les mausolées sont très différents à chaque fois, mais remplis de symboles, à l’organisation en harmonie avec la nature qui l’entoure, et respectant quelques règles : Stèle à la tortue avec biographie du souverain, temple, mandarins et montures sculptés, et.. faux tombeau pour éviter les pillages, les morts se faisant enterrer avec leurs biens les plus précieux.

On visitera trois mausolées.

Le premier sera celui de Khai Dinh. Il fut l’avant dernier empereur Vietnamien, et règne jusque 1925. Le Mausolée est donc vraiment récent puisqu’il fut construit entre 1920 et 1931, en plein protectorat Français. Certes, ce ne sont pas les pyramides, mais on est quand même bien étonnés de ce qu’on découvre. Construit à flanc de colline, il y plus de 100 marches pour atteindre le sommet. Entre temps, une ou deux esplanades où on découvre mandarins et guerriers de pierre et biographie-tortue. On atteint via le superbe escalier à tête de dragon le mausolée en lui même.

L’extérieur est chargé, mais c’est vraiment l’intérieur qui nous laisse sans voix. De la mosaïque partout ! Incroyable. La pièce fait un peu art-déco mais en très très chargé. A y regarder de plus près, on voit que ces fresques sont réalisées en assiettes cassées (de services parfois très cher parait il). Vient ensuite le tombeau de Khai Dinh à proprement parler. Une statue de bronze taille réelle de l’empereur nous y attend. Vraiment Impressionnant !

Cet empereur n’était pas aimé de son peuple : totalement à la solde des français, il était également complètement mégalo et leva des impôts exceptionnels très élevés pour bâtir son mausolée. On dit qu’il fit le choix de la colline et des escaliers pour accéder à son tombeau  car il voulait que toute personne arrivant jusqu’à lui courbe l’échine en signe de respect, qu’elle le veuille ou nous : monter 100 marches, ça fait ployer sous l’effort. N’importe quoi !

Notre deuxième mausolée sera celui de Ming Mang, beaucoup plus ancien puisqu’il fut le 2eme empereur de la dynastie Nguyen. Son tombeau date de 1820-1840. Il dessina lui même son propre mausolée, tout en harmonie avec la nature. On découvre les belles portes, on admire le paysage, on passe sur des petits ponts. Un vrai palais ce mausolée ! Et une chouette balade pour nous. Ce serait presque bucolique s’il ne s’était remis à pleuvoir…

Eden et Ingrid devant l'un des pavillons du Mausolée de Ming Mang - Hue - Vietnam
Eden et Ingrid devant l’un des pavillons du Mausolée de Ming Mang – Hue – Vietnam

On retiendra surtout l’anecdote de cet empereur qui aimait les femmes : il eut 30 épouses et 300 concubines ! Et 142 enfants répertoriés ! Pas vraiment monogame celui-là !

On clôt la journée avec le mausolée de Tu Duc qui régna la seconde moitié du XIXeme siècle. Notre visite se concentre sur le parc, immense, avec son lac. On admire les beaux bâtiments encore, ici peints de jaune rehaussés de bleu. On part à la recherche du « vrai faux tombeau », bien caché.

Tu Duc fut encore plus détesté que Khai Dinh : Il tua son frère et toute sa famille pour accéder au trône et la construction de son mausolée se fit dans de telles conditions qu’elle suscita plusieurs révoltes. Il n’eut pas d’enfant, victime des oreillons dans son enfance, si bien qu’il dut lui-même écrire sa biographie sur sa stèle. Il parait qu’il y fait amende honorable. Moui, bon, ça ne suffit pas !

Nos visites se font un peu trop au pas de course tout de même, et entre la visite en groupe et la pluie, je ne pense pas qu’on ait suffisamment rendu hommage à ces lieux. Dans tous les cas, ce fut une découverte réelle : On ne s’attendait pas du tout à ce type de construction au Vietnam !

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