Saigon, guerre du Vietnam, boom économique, et paradis des scooters.

Saigon fut surnommée par les Français « La Perle de l’Extrême-Orient », et ils en firent la capitale de la Cochinchine durant la colonisation, après que l’empereur Tu Duc (voir notre article sur Hue) leur ait cédé la ville, puis même la capitale de l’Indochine. Le vieux village Khmer est bien loin et la ville est aujourd’hui la capitale économique du pays.

Le 2 décembre, nous prenons un vol tôt le matin vers Ho Chi Minh Ville, alias Saigon. La ville a en effet été rebaptisée du nom de son leader communiste en 1975, à l’issue de la guerre, mais bon nombre de Vietnamiens continuent d’appeler la ville Saigon.

On a renoncé aux transports terrestres, même si je n’avais pas envie de prendre de vols intérieurs. On pollue déjà assez comme ça avec nos vols internationaux cette année. Mais bon, on a déjà coché une nuit en bus, une nuit en train, et pas mal d’heures de bus ou train de jour depuis notre arrivée au Vietnam. Là on nous promettait 16 heures de train ou 22 heures de bus pour relier Hoi An à Saigon, l’avion est moins cher que le train  (!!) et nous fait gagner une journée. Alors tant pis, on craque.

La première chose qui choque ce sont… les scooters. Des nuées !!

Nuées de Scooters - Saigon - Vietnam
Nuées de Scooters – Saigon – Vietnam

Saigon compte officiellement 8 millions d’habitants (peut être 10 officieusement) et parait-il 8 millions de scooters. Dès qu’on peut, ici, on s’achète un scooter et on roule avec. Marcher « ça fait pauvre ». Donc même quand on ne va pas loin, on prend son scooter ! Avec comme résultat  la cacophonie ambiante et un niveau de stress maximum, sans compter la pollution…

Notre hôtel, Nguyen Shack, se trouve dans une impasse, qui va nous protéger du vacarme de la rue, mais  l’impasse elle-même donne sur un gros carrefour, l’un des pires endroits à traverser en tant que piéton. On a pourtant fait Delhi, Jaipur, ou Hanoi, on croit être « blindés », mais là on se sent littéralement agressés par la circulation. En plus, Saigon a beau être en plein développement économique, les habitants n’ont pas pris le pli des règles de conduite liées à la multiplication des moyens de locomotion : peu de feux, et lorsqu’il y en a, ils ne sont pas respectés, alors qu’ils roulent beaucoup plus vite qu’en Inde !

Des trottoirs ? Oui, il y en a la plupart du temps, mais ils sont envahis de scooters garés, vous obligeant à descendre sur la chaussée. Et quand ce n’est pas le cas, les scooters roulent dessus, car elle est surchargée, cette chaussée.

Bref, il ne fait vraiment pas bon être piéton à Saigon. On finira par choisir ce qu’on visite en fonction de l’itinéraire pour s’y rendre, et du nombre de rues à traverser ! (J’exagère à peine !).

Premier déjeuner près du quartier routard, joli parc à proximité, on souffle un peu. Mais il n’y a pas grand chose à voir ici, et on est toujours stressés. On se dit qu’on va se réfugier dans un musée, ça nous calmera vraiment. Celui que toute personne de passage visite à Saigon, c’est le Musée de la Guerre, alors on s’y rend.

Notre chemin nous fait traverser un autre très joli jardin, le « Parc Culturel municipal » (heureusement qu’il y en a un ou deux à Saigon, des grands parcs !). Ici, les gens viennent pour se reposer mais aussi faire du sport. C’est notamment l’heure des mamies pratiquant danse et kun-fu sans se poser de question quant à leur apparence.

On s’arrête 2 minutes devant des gens en train de jouer à un jeu qui nous intrigue depuis notre arrivée au Vietnam. Un espèce de volley qui se joue avec les pieds, pratiqué aussi bien par les enfants que par les grands, un peu partout. Un homme nous approche : c’est un entrainement et lui est le coach. Il nous explique que oui c’est une sorte de « foot-volley », et au Vietnam c’est un sport très sérieux. Il se joue non avec une balle, mais un espèce de volant en plume et des chaussures hyper larges sur le dessus pour bien relancer le volant (mais on peut jouer avec n’importe quelles chaussures et même pied nus quand c’est juste pour s’amuser). Son origine : Les vietnamiens étant très pauvres n’avaient pas de ballon ni de terrain de foot, ils ont donc développé ce jeu atypique, qui maintenant reste très présent partout. Il fait quelques passes à Geoffrey et Eden. C’est super ludique en fait ! On repart en lui ayant acheté 2 volants pour jouer avec nos amis quand ils nous rejoindront aux Philippines.

Foot-Volley version Vietnamienne - Saigon - Vietnam
Foot-Volley version Vietnamienne – Saigon – Vietnam
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Geoffrey s’essaie au Foot-Volley – Saigon – Vietnam

Arrivée au Musée de la Guerre… Quelle idée a-t-on eu de se rendre à cet endroit ? On ne s’attendait pas à se réjouir, mais là, on est carrément choqués. Mais comment ne pas le visiter ? On ne peut de toute façon pas se rendre au Vietnam et passer à côté des 30 ans de guerre qu’ils ont subi au XXème siècle, entre les Français et les Américains. Et puis ça fait partie de notre histoire également !

Dans la cour extérieure sont présentés les avions et chars américains, prises de guerre du Vietcong sur l’US Air Force. Viennent également des exemples de bombes ayant été larguées. On est déjà impressionnés par la taille, et on ne connait pas encore les dégâts qu’elles peuvent faire (On verra plus tard que certains pouvaient faire des cratères de plus de plusieurs centaines de mètres sur 30 mètres de profondeurs, de quoi faire des ravages monstrueux).

Le Vietnam a subi 30 ans de guerre pour retrouver son indépendance, de 1945 à 1975 : 9 ans contre la France, puis quasi 20 ans contre les USA (ou l’opposition Nord / Sud). Les traces sont encore présentes, même si les Vietnamiens avec qui on pourra évoquer la question nous répondent tous que c’est de l’histoire ancienne, et se tournent vers le futur.

Une histoire ancienne qui a dévasté des monuments historiques et des villes, comme à Hue, a fait environ 3 millions de morts côté Vietnamien, dont 2 millions de civils (estimé par le Vietnam en comptant le Nord et le Sud), 47 500 côté Français (dont un quart de Nord Africains !) et 58 000 côté Américain (chiffres assez fluctuants selon les sources mais les ordres de grandeur sont là), une histoire qui a obligé le peuple à vivre avec la peur permanente des bombes qui leur tombait sur la tête (les américains larguèrent plus de 14 millions de bombes (chiffres du musée de Saigon), soit presque trois fois plus que pendant la seconde guerre mondiale en Europe), à supporter la torture (perpétrée par les deux camps), à se cacher dans des tunnels profonds à peine assez larges pour y laisser passer un homme en se courbant, et à apprendre à ses enfants à le faire également, à enfanter des bébés handicapés, encore aujourd’hui, à cause des gaz toxiques envoyés sur les villages, à vivre avec une jambe ou deux en moins, à cause des mines anti-personnelles posées au peu partout dans les champs. Un passé pas si lointain en réalité…et donc le pays porte encore les stigmates (ruines de la cité Impériale, mines anti-personnels, tunnels, personnes amputées ou difformes croisées dans la rue).

A l’intérieur, on commence la visite par la genèse de la guerre…

En tant que Français, on porte un bon gros sentiment de culpabilité : L’origine de la guerre, c’est la décolonisation. La première salle du musée nous permet de réviser notre histoire, ou de l’appréhender avec un regard Vietnamien…

Le 2 Septembre 1945, alors que la France sort à peine de la seconde guerre mondiale, Ho Chi Minh (profitant de la désorganisation Française sur place) proclame l’indépendance du Vietnam et la création de la République Démocratique du Vietnam, brisant 77 ans de protectorat/colonie Française, déclarant « le Vietnam a droit à l’indépendance et à la liberté, et est véritablement devenu un pays libre et indépendant. L’ensemble du peuple Vietnamien est prêt à mobiliser toute ses forces physiques et mentales, à sacrifier sa vie et ses biens pour sauvegarder sa liberté et son indépendance ». Discours à prendre au sérieux, le ton était donné. Mais les Français n’ont pas voulu comprendre, et surtout ont sous-estimé leur adversaire (soutenu par la Chine à partir de 1949 et l’arrivée au pouvoir de Mao)…

Discours d'indépendance d'Ho Chi Minh - Musée de la Guerre - Saigon - Vietnam
Discours d’indépendance d’Ho Chi Minh – Musée de la Guerre – Saigon – Vietnam

La preuve en est : ce qui marqua pour la France le point final de la Guerre : la bataille de Dien Bien Phu. Dien Bien Phu est situé tout au nord du Vietnam, dans une région montagneuse. Les Français décidèrent d’attendre l’ennemi en créant une enclave sur-militarisée dans une cuvette, le laisser venir et s’épuiser, en défendant l’enclave par voie aérienne, pour ensuite déployer ses forces et créer un nouveau front. De toute façon « Le Vietcong était mal équipé ». Que ferait-il face aux forces Françaises, suréquipées grâce aux Américains qui finançaient alors déjà 70% de l’effort de guerre Français, avec leurs vélos, dans les montagnes, dans des paysages démunis de véritables routes ? Ils avaient calculé qu’un vélo pouvait supporter un poids de 20-25 kg de munitions. En réalité, tout le peuple se mobilisait, comme annoncé par Ho Chi Minh, et les vélos supportèrent des charges de 150 kg, et permirent de déplacer canons et chars en pièces détachées… et Dien Bien Phu fut le carnage qu’on connait…  Comment put-on à se point penser être plus fort qu’un peuple (soutenu par la Chine) se battant pour sa liberté en mobilisant contre lui des troupes qui certainement cachaient au fond d’elles les mêmes aspirations pour leurs propres terres (puisque plus qu’un quart des forces Françaises étaient Nord Africaines) ? Et la France perdit, par pécher d’orgueil, en ayant occulté se trouver au cœur des prémisses de la guerre froide.

Mais ce ne fut que la première manche pour le Vietnam : Ho Chi Minh avait largement gagné, mais les Accords de Genève décidèrent d’une partition du pays qui ne lui était pas favorable : Le pays fut coupé en deux au niveau du 17eme parallèle (au niveau de Hue, au centre du pays), lui octroyant le Nord, désormais communiste, donc, et mettant en place la république du Vietnam, soutenue par les Américains au Sud. En toute logique cette limitation aurait dû être bien plus au Sud si on considère à quel niveau Ho Chi Minh avait écrasé les forces Françaises, mais il fut lâché lors des négociations par son « soutien » Chinois (ne pas oublier que les Chinois dominèrent le Vietnam pendant 1000 ans, et ne voulaient pas qu’il devienne un pays trop fort). Des élections devaient se tenir ensuite, pour que le Sud décide de ce qu’il voulait devenir. Elections qui ne se tinrent jamais…le Sud capitaliste s’opposait au Nord, communiste.

La guerre froide avait trouvé une véritable aire de jeu…e t le pays était prêt pour une nouvelle guerre. Faute d’élections, commença alors l’Acte 2, avec une guérilla grandissante au Sud, s’opposant aux forces gouvernementales du Sud, entrainées et soutenues par les Américains. Le pays s’embrasa alors progressivement et les choses finirent de dégénérer, et les Américains de s’impliquer.

On découvre dans les salles suivantes toute l’horreur de la guerre, au travers de chiffres, mais aussi de descriptions du quotidien, de présentations d’objets de l’époque…De quoi rendre le passé bien réel…

Ce sont les deux dernières salles qui nous achèvent :

La première présente une galerie de photos de guerre de reporters américains, et l’on voit ces soldats, ces paysans, ces femmes pleurant, implorant, ces enfants perdus…Eden est vraiment mal à l’aise, choquée par certains clichés. Je la fais sortir.

J’irai seule, avec son père, explorer la dernière salle, présentant les ravages du gaz orange. Les photos nous montrent tous ces enfants nés difformes. Et le soin qu’on tente de leur apporter. C’est moi qui sors, cette fois, envie de vomir…

On s’en va, ça suffit. On a vu assez d’horreurs pour aujourd’hui…on a bien touché du doigt cette sale guerre… Notre vision de la France et encore plus des Américains est bien écornée. Le Vietnam a été pris dans un jeu Capitalo-Communiste mondial, le dépassant bien, et ici, comme a Hiroshima, il a servi de terre d’expérimentation, sur des humains !

On monte dans un taxi, bien décidés à nous réfugier dans notre impasse. Il tente de nous escroquer, nous fait le coup de la panne… Franchement, ce n’est pas le soir ! On rentre à pied, bien stressés. Notre impasse, enfin. On retrouve Son, qui s’occupe de nous à l’hôtel. Il nous demande ce qu’on a fait aujourd’hui, si c’était chouette. On s’excuse pour la guerre, tout. Il sourit et nous dit que c’était il y a longtemps… Moui, bon…Sympa Son.

On finit par s’endormir, avec, au-delà de notre impasse et du carrefour, le bruit des viva des habitants : Ce soir le Vietnam a gagné le match contre les Philippines dans le cadre de la Coupe de l’Asie de Foot (l’équivalent de la Coupe d’Europe). Ils font la fête… La guerre fait bien partie du passé…

Le lendemain, on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire à Saigon, qui nous a caché ses charmes hier… on explore finalement les bâtiments coloniaux (un comble, vu la journée de la veille mais Saigon compte de jolies traces du passage Français qu’il faut reconnaître…). On se rend à la Poste, joli bâtiment dont la charpente fut conçue par Eiffel (!) : on a un colis à envoyer en France : des petits cadeaux de Noël Vietnamiens pour notre famille. RAS ici, tout se passe « normalement », contrairement à Jaïpur…Et notre colis devrait arriver à bon port…en Mars (soit, ce ne sera pas pour Noël…). On n’a juste pas vu le monsieur coller l’étiquette avec l’adresse de destination sur le colis… gloups…

La poste de Saigon - Vietnam
La poste de Saigon – Vietnam

En face, on admire la jolie cathédrale Notre-Dame, dont on ne pourra pas visiter l’intérieur, en rénovation.

Cathédrale Notre-Dame - Saigon - Vietnam
Cathédrale Notre-Dame – Saigon – Vietnam

On se dirige ensuite vers les « Champs Elysées » de Saigon, Nguyen Hue Street.

Tout à coup, quelqu’un m’appelle : Juliette ? A Saigon, je ne m’y attend pas !

C’est Amélie !! On se saute dans les bras !! L’une de mes plus grandes amies… de collège ! On n’a pas dû se voir depuis 25 ans !! Retrouvailles express : elle n’est pas seule : elle est venue ici avec son association, qui s’occupe d’enfants orphelins au Vietnam. Mais quelle rencontre ! Et quelle joie !! On se promet de se revoir quand je rends visite à mes parents (elle est toujours dans la région dont je suis originaire). C’est sûr, qu’on va se revoir Amélie ! Dire qu’il faut faire le tour du monde pour retrouver des gens qui nous ont été chers ! Incroyable !

Retrouvailles avec ma grande copine Amélie - Saigon - Vietnam
Retrouvailles avec ma grande copine Amélie – Saigon – Vietnam

Bref, bref, on laisse Amélie à ses amis, et on reprend notre balade. On découvre le joli opéra, inspiré par le Petit Palais à Paris.

Opéra - Saigon - Vietnam
Opéra – Saigon – Vietnam

On est ici au coeur de Saigon et on note les contrastes : Magasins de luxe occidentaux, vieux bâtiments coloniaux, tours ultra modernes, et vieux immeubles décatis.

Tour moderne et vieil immeuble décati - Saigon - Vietnam
Tour moderne et vieil immeuble décati – Saigon – Vietnam
Contraste entre période coloniale et actuelle - Saigon - Vietnam
Contraste entre période coloniale et actuelle – Saigon – Vietnam
Saigon - Temple du capitalisme caché derrière un affiche communiste - Vietnam
Saigon – Temple du capitalisme caché derrière un affiche communiste – Vietnam

On se pose un peu face à l’Hôtel de ville sur les fameux « Champs Elysées », soi-disant piétons (si on oublie les scooters qui s’en fichent et roulent quand même dessus). 

Hotel de ville - Saigon - Vietnam
Hotel de ville – Saigon – Vietnam

Le métro est en construction. On se demande s’il règlera les problèmes de circulation. On a un doute… Il y a quand même pas mal d’éducation à faire pour que les Saïgonais acceptent de lâcher leurs deux roues !

Métro en construction - Saigon - Vietnam
Métro en construction – Saigon – Vietnam

On rentre dans notre impasse-refuge avec un regard mitigée sur la ville. Demain, on part pour le Mekong. Un peu de nature. Ouf !

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