Argentine : « Andisme » en Patagonie : Randonnée du Fitz Roy

Le 29 Mars au matin, nous prenons un bus depuis la gare routière d’El Calafate, direction El Chalten, à l’autre extrémité du Parc “Los Glaciares”. Environ 3H de route sans encombre. Mais le temps est très gris et nous atteignons la petite ville sous une pluie battante. Même pas envie de descendre du bus…

Celui-ci nous dépose directement au “centro de visitantes del parque nacional”. Bien rôdé tout ça… il faut dire que la petite ville de El Chalten est en plein coeur du parc “Los Glaciares” et qu’on vient ici, tous, pour une seule chose : la randonnée. Nous avons quitté la région plate de El Calafate pour atteindre les contreforts des Andes, et nous sommes entourés de hauts sommets, un en particulier, le plus mythique de Patagonie : le Fitz Roy. Bienvenu au paradis de l’Andisme ! (et non Alpinisme, chacun ses montagnes)

Sur place, les jeunes rangers accueillent chaque groupe en Anglais ou en Espagnol, à la fois pour expliquer quelques règles de savoir-vivre dans le village (genre tri avancé des déchets), mais surtout pour dispenser conseils sur les randonnées, cartes détaillées de la région, et infos météo. Bon, aujourd’hui, facile c’est “pluie, pluie, pluie”. Malgré l’accueil, ça ne donne pas très envie de marcher ce temps…Il parait que ça s’améliore demain, nous dit la jeune fille. Mais en montagne “on ne sait jamais”. Gloups…

On y apprend aussi que El Chalten, avant que n’existe la ville, était le nom que les Tehuelche (l’un des peuples Amérindiens de Patagonie) avaient donné au Fitz Roy. Cela signifie “Montagne qui fume” et ils avaient baptisé le Fitz Roy ainsi car il est souvent entouré de nuages à son sommet, lui donnant des airs de volcan. 

Et puis El Chalten, le village, se glorifie d’être “la ville la plus jeune d’Argentine” : si une estancia (grosse ferme, “ranch” version Sud-Américaine) avait été fondée à l’emplacement du village au début du XXeme siècle, ce n’est qu’en 1985 que l’Argentine décida de véritablement coloniser ces terres, pour contrer le Chili qui les revendiquait, ceci malgré les travaux de définition des frontières du Perito Moreno (voir “Les Glaciers de Patagonie« ). 

Ambiance Far West donc, où ici comme à Puerto Madryn on envoya des hommes occuper des terres. Sauf qu’ici, ça ne fait qu’un peu plus de 30 ans. Et d’ailleurs, en 1991, il n’y avait encore qu’une quarantaine d’habitants. Depuis, le village en compte 3000 et dispose de toutes les infrastructures pour accueillir les randonneurs de toute la planète qui viennent, selon leur niveau, profiter simplement de la beauté de la nature ou vaincre l’un des sommets de la région. Le village aligne hôtels de tous standing, restaurants, brasseries artisanales, etc… de quoi bien réconforter les touristes après l’effort.

Pour notre part, nous voici donc partis à la recherche de notre petite “cabana” (bungalow), sacs sur le dos, toujours sous la pluie qui redouble. On a sorti les protège-sacs, les vestes anti-pluie…et nos super parapluies Japonais qui nous donnent un air vaguement ridicule au paradis de la rando (mais c’est efficace !). On loge en fait à l’opposé du « centro de visitantes », et c’est loin ! On décide donc de déjeuner avant d’arriver, même s’il est un peu tôt. On a l’impression d’évoluer dans une ville fantôme. Personne dans les rues, pas de voitures, pas de commerce ouvert… Et là…une femme en train de dresser sa salle refuse catégoriquement de nous ouvrir la porte, nous laissant dehors avec nos gros sacs et notre fille de 9 ans ½. Bel accueil tiens ! J’ai juste envie de remonter dans un bus et de repartir en sens inverse !! Bon, à quelques « cuadras » (pâtés de maison) de là, heureusement, une espèce de bar-pub faisant la promotion des « happy hours » a allumé la lumière et nous accepte. Dingue !! Comme si ce n’était pas “juste normal”. A sa carte, bonne surprise, des plats avec des produits locaux (super soupe de courge et super pâtes à la bonne sauce “de la mamma”). On se régale et le moral remonte en flèche. 

Ayant repris des forces et retrouvé (à peu près) le moral, nous repartons en quête de la cabana qui décidément se cache. On finit par la trouver, au fond du village, cachée derrière une “wafleria” (y’a les crêperies, et les gaufreries, donc…). Accueil sympa de la propriétaire, et nous découvrons notre « chez nous » tout mignon, tout chaud (bon chauffage) et au wifi inexistant (logique vu l’endroit). Nous logeons chez Rivendel

On s’installe tranquillement, et nous passons l’après-midi à rien. Repos, leçons, blog… En même temps à El Chalten quand il pleut, y’a pas grand chose à faire…Nous nous interrogeons quand même bien sur la randonnée que nous avons prévue le lendemain. Affronter le Fitz Roy sous la pluie, ça risque d’être bien horrible…

Une éclaircie de fin de journée nous redonne un peu d’espoir. On en profite pour faire les courses …

Ce soir on dîne dans notre cabana-cocon en croisant les doigts sur la méteo du lendemain…

Et le 30 mars, quelques timides rayons du soleil viennent nous chatouiller les paupières. Yes !! La nuit a chassé la pluie et une belle journée s’annonce pour atteindre le Fitz Roy via la Laguna de Los Tres, l’une des plus belles marches du Parc National, et certainement de Patagonie. Du moins devrait-on le voir, ce fameux sommet ! Elle est réputée assez difficile, réservée aux “très bons marcheurs”. Est-on capables d’en arriver à bout ? Eden nous a prouvé sa résistance lorsqu’on a trekké sur le Tongariro en Nouvelle-Zélande, mais j’avoue que j’ai même un doute sur moi-même…Les “10 Pieds autour du monde”, que nous avons croisés en Nouvelle-Zélande, autre famille de voyageurs, nous ont dit qu’ils avaient adoré cette marche, effectuée avec leurs trois enfants, mais ils nous ont l’air sacrément sportifs, eux (et un peu plus jeunes que nous…).

Bref, on verra. En attendant, on a le cœur léger et on est plein de courage.

Reims 13 200 km - Un peu loin pour le champ' - El Chalten - Argentine
Reims 13 200 km – Un peu loin pour le champ’ – El Chalten – Argentine

A quelques centaines de mètres, nous atteignons le début officiel du trek. Altitude de départ : 400 mètres. On est seuls. Youpi ! Nous nous enfonçons assez vite dans la forêt. Aucun besoin de guide, comme prévu : le sentier est parfaitement marqué.

Au depart du mythique treck "Fitz Roy" - El Chalten - Argentine
Au depart du mythique treck « Fitz Roy » – El Chalten – Argentine

Sauf qu’il a plu hier et que la première mini grimpette s’avère… très très glissante. Beurk…Et puis arrivés en haut, on rattrape pas mal de marcheurs, et nous comprenons que non vraiment, pas besoin de guide parce qu’on ne sera vraiment pas seuls…Geoffrey décide alors d’accélérer dans les sous-bois, pour doubler tout ce petit monde. Non mais Geo, cool ! C’est un faux plat, là ! On ne va pas pouvoir tenir ce rythme bien longtemps !! Il parait qu’il faut 4H pour atteindre le sommet, alors…

Debut du treck vers le Fitz Roy - El Chaltén - Argentine
Debut du treck vers le Fitz Roy – El Chaltén – Argentine

Après une vingtaine de minutes, heureusement, le paysage s’ouvre. Premier “mirador”. Et là, pas de négo possible. On fait une pause (et on recadre : chacun son rythme, ça va trop vite pour moi, et Eden ronchonne aussi, même si elle est fière parce que les gens qu’on a doublé la regardent de façon admirative). Une fois une première couche de vêtements enlevée, nous pouvons apprécier le paysage qui nous entoure. En contrebas, la vallée du Rio de las Vueltas (Nous sommes à 500 mètres d’altitude : On n’a fait qu’un km depuis le départ et 100 mètres de dénivelé), magnifique. Ces 100 petits mètres de dénivelé nous font apprécier le paysage “vu d’en haut” déjà : Nous sommes quasi en haut du “canon”. C’est déjà très beau… Mais bon, il faut continuer. La laguna est encore bien loin.

Une heure plus tard, nous parvenons à une patte d’oie, et bifurquons sur la droite, vers le “mirador du Fitz Roy”, laissant la plupart des marcheurs prendre l’autre chemin. Geoffrey se pose des questions. « Tu es sûre Juliette ? Ben… oui à priori… ». Et au bout d’un petit quart d’heure, il n’y a plus de doute. Nous quittons les sous-bois et …il est là, face à nous, majestueux, splendide, dégagé, sans nuage, celui pour lequel on vient ici, LE Fitz Roy !

Le vent souffle bien fort, mais le soleil brille et nous sourions de toutes nos dents. Pour l’instant nous ne sommes qu’à 700 mètres d’altitude, nous avons donc grimpé de 300 mètres, et parcouru un peu moins de 3 km. 

Photos, Photos ! Immortalisons l’instant ! On ne sait jamais si on ne va pas au bout ou que le temps se couvre…

Nous reprenons le chemin, un peu moins marqué qu’au début, et surtout, vraiment seuls. Heu…les quelques personnes qui étaient là, elles ont fait demi-tour ou quoi ? Bon, on avance, Maps.me nous indique que c’est la bonne direction bien plus sûrement que la carte topologique du “centro a los visitantes”. Nous nous enfonçons donc entre les petits arbustes de Patagonie sans trop de crainte.

Et on fait bien : une vingtaine de minutes plus tard, nous retrouvons le chemin principal, et les marcheurs qui vont avec. Bon, ce n’est pas la foule vraiment, mais c’en est fini de notre solitude. Nous évoluons alors durant une bonne grosse heure dans un paysage de steppes aux couleurs automnales, traversées de marais aux eaux tantôt sombres, tantôt cristallines quand se forment de petits torrents nous permettant de remplir nos gourdes. Et sur notre gauche, le Fitz Roy qui semble nous attendre. L’un de mes plus beaux moments en Patagonie.

Nous marchons alors à plat, ce qui m’inquiète quand même bien un peu. Reste une sacrée grimpette…

Nous entrons de nouveau dans le sous-bois. Ici, un lieu de campement a été aménagé (enfin, on a le droit d’y poser sa tente, et il y a des toilettes sèches un peu plus loin). On regarde les panneaux. Hum… y’a des pumas dans le coin ??? J’aurais pas très envie de dormir ici perso…Finalement elle est bien notre cabana dans le village, non ?

Et nous y voilà bientôt : nous avons parcouru 9 km, monté 300 mètres.. reste donc 1 km avant d’atteindre la fameuse “Laguna de los tres” et 400 mètres de dénivelé (soit une pente à 40% !). Ha…

Des jeunes décident de ne pas poursuivre. Moi je ne dis plus rien, on verra si “ça passe”.

Eden et moi reprenons des forces avec fruits et barres de céréales, même si Geoffrey n’en voit absolument pas l’intérêt. Ben… On est en fin de matinée, on a déjà bien marché, et l’hypoglycémie en pleine montée, j’ai pas envie…

Et puis c’est parti. Zou….Parait qu’il faut une heure… Et bien on mettra… une heure. Tranquille, virage par virage. Ca ressemblerait presque à de l’escalade ce truc…J’encourage Eden qui ne dit rien mais avance bien. Nous progressons à un rythme régulier, et nous doublons petit à petit pas mal de monde, qui se retourne sur cette chipie de 9 ans ½, amusés.

Nous croisons les premiers qui redescendent déjà. Bientôt, ils nous indiquent que nous ne sommes plus très loin. (on est encore à plus d’un quart d’heure quand même). Et là, Eden met le turbo et me plante tout simplement. Un vrai petit chamois. Je ne peux pas la suivre !! Elle double bientôt son père qui marchait devant. Non mais, dingue !!  

Je la rejoindrai péniblement 20 minutes plus tard. Elle est allongée sur un rocher, ne bougeant plus, mais sourire aux lèvres. Bravo ma fille !!

Au delà de ma fierté maternelle, je suis contente de mon exploit également (nous sommes à 1170 mètres, avons réalisé sur 10 km un dénivelé positif de 700 mètres, dont 400 en 1 heure), mais surtout je suis ébahie par le paysage qui se déroule devant nous, ce lac glaciaire aux eaux turquoise et le Fitz Roy juste derrière, qui nous domine du haut de ses 3405 mètres. Autour, d’autres sommets : Entre autres le mont Poncenot (3002 m) et le mont Saint Exupéry (2550 m), en hommage à notre aviateur préféré, qui assura la ligne dans les années 40. 

Emotion intense, fatigue également. Séances photos encore et puis pique-nique. Le Fitz Roy a couvert son sommet de nuages, comme prévu, mais juste “pour faire joli” dirait-on. Geoffrey remplit sa gourde dans l’eau du lac. C’est beau ici, et pas pollué !

Une fois des forces reprises, il nous faut toutefois songer à la descente. C’est q’il va falloir le faire dans le sens inverse, ce chemin. Alors, monter les 400 mètres, à la fin, c’était pénible. Les redescendre, ce ne sera guère plus facile… Les genoux en prennent un sacré coup… Nous retraversons cette steppe dont je suis tombée amoureuse, admirons cette fois-ci le lago madre qui était dans notre dos à la montée, prenons la patte d’oie toujours sur notre droite, ce qui nous permet d’explorer le côté non parcouru ce matin, et de longer un temps la jolie laguna capri. Tiens il y a un autre camping ici, et certains se reposent sur les rives du lac. On en ferait bien autant mais il nous reste trop de marche.

Lorsqu’il ne nous reste plus que les 3 derniers kilomètres de descente nous accélérons fort le rythme. Envie d’arriver !  Nous doublons un Français marchant seul qui nous dira en bas qu’il admire Eden ! (moi aussi suis trop fière, j’avoue !). Nous atteignons enfin le début du trek. Reste encore un petit kilomètre pour rejoindre notre cabana. Nous longeons le Cordon Marconi, sorte de plateau d’altitude au flanc duquel est construit El Chalten. 

Et puis ça y est, nous voyons la Waffleria. On a bien gagné une MEGA gaufre. Avec plein de Dulce de Leche et même de chantilly. On a marché 8H(+1H de pause), fait 22 km pour 700 mètres de dénivelé positif (et autant de négatif) aujourd’hui ! Moi j’ai mal aux jambes au point de ne quasi plus pouvoir marcher. Je sens que ça va être très très dur demain… Mais en attendant, on se régale. Bien mérité ! 

Ce soir nous nous endormirons bien tôt et bien vite.

Repos bien mérité - El Chalten - Argentine
Repos bien mérité – El Chalten – Argentine

Le 31 Mars, Geoffrey veut que nous partions randonner sur le sendero Torre, réputé également pour sa beauté, et du même niveau, à peu près, que la Laguna de los Tres. Et là… il se heurte à un refus catégorique de ma part. J’ai tellement de courbatures que je boite  (j’aurai mal aux jambes quasi une semaine, en fait). Non mais, tu le savais mon chéri que je n’étais pas sportive, avant, moi. Ben.. j’ai pas muté autour du monde ! Oui, c’est vrai, c’est vrai, les paysages sont magnifique ici, mais non, je ne ferai pas 20 km aujourd’hui !

J’accepte tout de même d’aller pique-niquer sur le chemin de la fameuse balade. Et nous voici partis. Impossible de trouver le chemin, par contre, alors comme la veille, on suit les indications de Maps.me. Et ça me semble bien étrange ce micro-sentier où nous sommes seuls au monde. En plus, il grimpe. Non ! 

Au final, ce n’est qu’un “petit détour”. On retombe sur le chemin officiel. Nous avons en fait contourné une colline. Nous marchons ici sur le territoire du “Helmul”, un cerf endémique des Andes de Patagonie en voie d’extinction. Alors chut, on ne fait pas de bruit… Pour rien, aucun cerf à l’horizon.  

Une fois de plus, paysages magnifiques, et bien différents de la veille pourtant. Nous évoluons entre bois, prairies d’altitude et minéraux. Au bout de 1H15 de montée et un peu plus de 3 km, nous parvenons au premier Mirador, avec en fond le Fitz Roy encore, qui nous montre une autre face. Nous pique-niquons face à ce panorama hors norme et immortalisons notre présence ici par quelques clichés.

Et puis c’est parti pour la redescente vers le village. Nous empruntons cette fois-ci une autre route, descendant sur la droite. Nous dominons les gorges du rio Fitz Roy, pouvant en suivre toutes les sinuosités. Petit arrêt obligatoire pour admirer la petite cascade “Margarita”.

Et nous finissons le retour tranquillement. Au final, 3H de marche environ, 7 Km, et 300 mètres de dénivelé positif (et 300 négatif !). OK, OK, j’ai été petite joueuse…J’assume. C’était beau quand même…N’empêche que j’ai trop mal aux jambes…

On finit l’après-midi tranquillement dans le jardin de Rivendel. Geoffrey et Eden improvisent une partie de foot qui se finit en combat de lutte. Infatigables !

Demain, une nouvelle étape nous attend en Patagonie : Torres del Paine, au Chili !

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