Réalisation d’un rêve : Marcher dans les pas de Gauguin et Brel… Aux Marquises

Et par manque de brise

Le temps s’immobilise

Aux Marquises

                             BREL

Le 20 Février au matin, nous décollons de Faa’a, direction Hiva Oa, la plus célèbre des îles des Marquises, celle où élurent domicile Gauguin et Brel en leur temps.

Nous avions un peu hésité avant de décider de nous rendre dans l’Archipel le plus éloigné de Polynésie, celui qui a une identité bien à lui, à 1 500 km de Tahiti.

Nous avons fait un choix : ce seront bien les Marquises, et non l’île de Pâques, les premières évoquant pour Geoffrey et moi beaucoup plus de choses que les géants de pierre de la seconde.

Au bout d’une grosse heure de vol, notre petit avion doit faire un premier stop à Nuku Hiva, où nous nous rendrons dans quelques jours. Heu… ça tangue vraiment beaucoup beaucoup. Il y a du vent et l’avion a du mal à stabiliser. On n’aurait peut être pas dû y aller, finalement ? Je comprends pourquoi, dans ce vol qui n’était pas plein et où il n’y a pas de numéro de siège, l’hôtesse nous a demandé de nous asseoir ici ou là : il faut bien répartir les poids dans l’avion quand on est peu. J’évite de penser, regarde le relief magnifique de l’île. Ho et puis non, je vais lire, tiens, ça évitera de gamberger. Et quelques minutes plus tard, atterrissage réussi. Visiblement, ça ne tangue pas autant tous les jours mais les annulations de vol pour cause météo sont fréquentes. Le truc c’est qu’un va falloir redécoller et réatterrir vu qu’on n’est pas arrivé (sont marrants ces avions-omnibus) à Hiva Oa, notre première destination.

Et quelques minutes plus tard, nous repartons effectivement pour Hiva Oa. Vol tranquille celui-ci. Alors que nous commençons à franchement nous rapprocher de l’île Eden, qui squatte le hublot à chaque vol, me dit “maman, l’avion va droit dans la montagne”. Moi : “mais non ma chérie, on va passer au dessus”. Eden : “non non, je te promets maman, ça ne passe pas”. Je ne dis plus rien et regarde. Non mais c’est quoi ça ? Elle a raison Eden, ça ne passe pas ! Elle est où la piste d’atterrissage ? Paniquer ? Pas le temps. Finalement l’avion se pose sans crier gare et sans tanguer sur la piste, située en pleine montagne !! Et heureusement qu’il a de bons freins parce qu’au bout, c’est le vide !!

Nous descendons et rentrons dans ce tout petit aérodrome où, dans la même pièce les gens s’enregistrent et récupèrent leurs bagages sur des tables en métal. Pas besoin de tapis roulant ni de numéro de vol, ici, on est “entre nous”.

Bienvenue à Hiva Oa - Aéroport Jacques Brel - Iles Marquises - Polynésie
Bienvenue à Hiva Oa – Aéroport Jacques Brel – Iles Marquises – Polynésie

D’ailleurs, nous cherchons Pierrick : nous dormons dans sa chambre d’hôtes ce soir.

Il voit deux touristes et une enfant un peu perdus. Ca ne peut être que nous qu’il attend. Et il nous accueille très chaleureusement avec des colliers de fleur magnifiques, et très odorants.

Bienvenus à Hiva Oa : 2400 habitants !

Bienvenue à Hiva Oa- Iles Marquises - Polynésie
Bienvenue à Hiva Oa- Iles Marquises – Polynésie

Le soleil brille à fond. C’est de bon augure.

Il faut savoir en effet que les saisons entre les Iles sous le vent et les Marquises sont inversées, et si à Tahiti c’est la saison des pluies, ici on arrive juste au bon moment.

Après quelques kilomètres en 4X4 sur une route bien sinueuse, nous arrivons en bas de chez Pierrick, la Villa Enata . Important à dire “en bas” : Pierrick a construit sa maison à flanc de montagne, et c’est aussi lui (avec quelques personnes et une grosse machine pour l’aider) qui en a construit le chemin d’accès. 8 mois de boulot ! Pente à…30° (je n’abuse pas, c’est Geoffrey qui vient de me confirmer le chiffre), obligés de faire des manœuvres dans les virages, en pente aussi donc. Comment dire…ceux qui connaissent mon amour de la voiture pourront m’imaginer. Pierrick rit de me voir me crisper et me propose de fermer les yeux. Franchement, pas sûre de descendre souvent au village, moi..

Arrivés en haut, par contre, un joli terrain bien plat, avec une grande maison toute ouverte dans le pur style des belles bâtisses polynésiennes, une piscine, et deux petits bungalows dont l’un nous est destiné. Mais surtout, une vue.. de fou. On est sur les hauteurs (vous l’aurez compris) et nous dominons toute la vallée et le port d’Atuana. Mimi, la femme de Pierrick nous accueille sans façon et nous explique leur principe de chambre d’hôtes.

On va être bien, ici. On va se reposer un peu. D’autant plus que j’ai trouvé le moyen d’attraper une deuxième pneumonie (la première en arrivant en Nouvelle-Zélande) et qu’avoir une fièvre de 39° par 30° à l’ombre, c’est pas l’idéal… D’ailleurs, cet après-midi, on ne fait RIEN. Moi sieste obligatoire. Geoffrey et Eden dans la piscine.

Le soir nous dînons avec Pierrick et Mimi, et les autres hôtes : Catherine, ex-prof, qui voyage seule pendant plusieurs mois, et raconte son atelier sculpture de l’après midi, au village, et puis Madeleine et Jean, qui eux ont entre 80 et 85 ans, mais continuent de voyager plusieurs mois par an. Au menu : de la chèvre, la spécialité des Marquises. Et contre toute attente, c’est délicieux. Il faut dire que Pierrick cuisine vraiment très bien (et Mimi qui s’est spécialisée dans les desserts aussi) !

Le lendemain matin, super petit déjeuner, et alors que Pierrick et Mimi nous demandent ce qu’on veut faire, on a du mal à répondre. Rien encore ? On n’est ici que pour quelques jours, et il faut qu’on s’organise vite. Aujourd’hui, on ira explorer le village, et demain, nous partons à la découverte de l’île. On peut soit louer une voiture, soit le faire avec un guide. Nous choisissons avec guide, histoire de comprendre la culture Marquisienne mieux que la Tahitienne.

Petit déjeuner à la Villa Enata - Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
Petit déjeuner à la Villa Enata – Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie

La matinée passe vite, sans grande motivation à bouger. Les autres hôtes s’en vont poursuivre leur périple sur d’autres îles. Je discute un peu avec Madeleine avant son départ. C’est que ce couple de “petits vieux” est assez incroyable ! Elle me dit qu’une fois qu’ils auront fini de visiter la Polynésie, ils reviendront en France en croisière, via l’Asie. Des mois de voyage et des arrêts prévus dans je ne sais combien de ports. Elle en a les yeux qui brillent, Madeleine. Ca lui plait bien, cette croisière. Avant ? Jusqu’ici ils avaient leur Campingcar et voyageaient de longs mois avec. Ils ont écumé l’Europe de l’Est, la Russie, la Mongolie, mais aussi toute l’Amérique Latine. Ha, mais ce sont de vrais pigeons voyageurs ! Ils ont commencé en retraite, mais on ne les a jamais arrêtés depuis !

Comme quoi… il ne faut pas se fier aux apparences ! Je leur souhaite encore de belles années pour en profiter !

Nous finissons quand même par demander à Pierrick de nous descendre au village. On a rendez-vous avec Brel et Gauguin. Il nous propose de nous déposer au cimetière, lui aussi sur les hauteurs du village, sur un autre versant. Je veux bien vu mon souffle de malade. Et arrivés sur place, tout près de l’entrée, la tombe de Brel. Je suis assez débordée par les émotions. Il faut dire que même si ce n’est pas original, Brel a beaucoup compté pour moi. Pendant des années je l’ai énormément écouté, et je connais beaucoup de ses chansons par cœur. Alors me retrouver là, sur la tombe de Brel, à l’autre bout du monde, là où il a décidé de vivre à la fin de sa vie, je n’y aurais jamais cru…Sa tombe est toute simple. Des galets, sur lesquels les gens ont laissé des petits mots. J’ai juste envie de faire pareil. Je me sens proche de lui. Certains pensent que “quand même on aurait pu lui faire une belle tombe”, mais…moi je pense que c’est lui qui a voulu, en se retirant ici, vivre le plus simplement possible, et que sa tombe soit de même.

Recueillement sur la tombe de Brel - Atuana - Hiva Oa - Iles Marquises Polynésie
Recueillement sur la tombe de Brel – Atuana – Hiva Oa – Iles Marquises Polynésie

A quelques rangées de là, nous allons saluer Gauguin. J’adore ce peintre, la force qui se dégage de ses portraits de femmes des îles, les couleurs… Les premiers tableaux qui feront d’ailleurs apparition dans ma chambre d’ado (enfin, en carte postale, on s’entend), ce sont deux des toiles de lui, qu’il a peintes ici. Emotion un peu moins forte, mais quand même…

Tombe de Gauguin - Atuana - Hiva Oa - Iles Marquises Polynésie
Tombe de Gauguin – Atuana – Hiva Oa – Iles Marquises Polynésie

Mais les cimetières ne sont pas des lieux pour les enfants, Eden ne connait pas encore Gauguin, et à peine Brel. Nous redescendons vers le village, doublons des maisons de sculpteurs (art très répandu et reconnu aux Marquises), la maison de Brel, qui depuis a été vendue, toute simple, et arrivons au cœur du village. Pas grand chose à voir. Quelques petites rues, deux commerces qui vendent “de tout” (des souvenirs aux fruits et légumes), une roulotte fermée…un centre administratif, qui accueille aussi le coiffeur et la pharmacie dans ses locaux, et un petit centre hospitalier.

La mairie de Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
La mairie de Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie

Nous avalons un rapide sandwich puis nous dirigeons vers l’Espace Brel. De l’extérieur, on dirait surtout un vieil hangar… A l’intérieur, une seule grande pièce, avec, trônant au milieu, son avion, “Jojo”.

Jojo, l'avion de Brel - Dans l'espace Brel à Atuana - Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
Jojo, l’avion de Brel – Dans l’espace Brel à Atuana – Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie

Autour, quelques explications sur l’arrivée de Brel ici lors de son tour du monde (il y séjourna de 1975 à 1978), comment il tomba amoureux de Hiva Oa, la préférant à la plus grande des Marquises, Nuku Hiva, car il s’y sentait “comme chez lui”. On y raconte ses soirées avec ses amis, certains habitants de l’île. On y apprend comment il soutint les populations Marquisiennes, en utilisant son propre avion pour des rapatriements sanitaires, ou en faisant pression sur les dirigeants pour rompre l’isolement des îles. Sur les murs, des panneaux un peu vieillis retracent sous forme de jolies maximes et paroles de chansons la vie de ce grand artiste. Tout cela avec les chansons de Brel en musique de fond. Le tout a beau être franchement défraîchi, j’ai une boule dans la gorge, et Geoffrey aussi. Allez, sourions, ce n’était pas la philosophie de Brel.

“J’veux qu’on rie, j’veux qu’on danse, j’veux qu’on s’amuse comme des fous,

J’veux qu’on rit, j’veux qu’on danse, quand c’est qu’on m’mettra dans l’trou.”

Il nous reste un peu de temps pour nous rendre au Musée Gauguin, qui lui a dû bénéficier de subventions, contrairement à l’Espace Brel….

On y entre par un joli parc, où trône une pirogue ancienne, et le “puit” de Gauguin, dans sa “Maison du Jouir”, comme il l’appelait.

Gauguin séjourna deux fois en Polynésie : D’abord à Tahiti, en 1892-1893 puis à Hiva Oa, de 1895 à la fin de sa vie.

Dans le musée, des reproductions de ses toiles, par période, par un artiste local. On est loin des originales, mais ça permet à Eden de découvrir la façon de peindre de ce grand incompris, trop avant-gardiste, qui toute sa vie crut en son talent mais finit dans une misère noire, ayant abandonné sa femme et ses premiers enfants en France, pour venir trouver la lumière et la luxuriance Marquisienne. Il y tomba également amoureux des Vahinés, et passa des années à rendre hommage à leur beauté, prenant femme et devenant père ici. Avant Brel, il prit la défense des habitants de l’île contre l’administration coloniale et les catholiques.

A peine a-t-on le temps de nous rendre sur la grande plage de sable noir, et nous rendre rendre compte qu’Atuana est cerné de pics de plus de 1000 mètres de haut, il est déjà l’heure de retrouver Pierrick qui nous remonte chez lui. Mince, le président est de passage dans quelques jours, et il y avait des répétitions de danses au port. On les a ratées…

Ce soir, nous libérons Pierrick et Mimi : comme nous sommes les seuls hôtes, nous nous contenterons d’une pizza. Ils en profitent pour passer une soirée avec des amis, ce qu’ils n’ont pas fait depuis très longtemps…

Le 22 Février, après le super petit déjeuner, Mimi nous présente Pifa, qui sera notre guide pour nous faire découvrir l’île. Oups ! C’est un géant des Marquises ! Il est juste.. impressionnant ! Mais avec son large sourire, il nous conquiert en deux minutes. Dans le 4X4, Michel, qui voyage seul et loge dans une autre pension, a déjà pris place. Et nous voilà partis pour une journée qui restera inoubliable.

La voiture est en accord avec la stature de notre géant, mais en même temps, tout le monde ici roule en 4X4. Il parait que c’est une histoire de taxes…A Tahiti je ne sais pas, mais à Hiva Oa, avoir un 4X4 est bien utile. La route nous mène sur des pistes cimentées (ou non) sur les hauteurs de l’île.

Pifa et son 4X4 - Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
Pifa et son 4X4 – Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie
Paysage découpé, végétation et grandes baies - Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
Paysage découpé, végétation et grandes baies – Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie

Nous croisons quelques chevaux sauvages, et des vaches laissées en liberté. Premier arrêt pour un magnifique point de vue. Ces îles volcaniques n’ont pas de lagon, mais offrent un relief déchiqueté, à couper le souffle.

Depuis quelques kilomètres, Pifa est suivi par “son cousin”, qui doit remplacer son 4X4. Et le voici qui emprunte celui de Pifa pour faire un test (Heu..et nous ??).

Il revient bien vite et nous poursuivons notre route jusqu’au second arrêt pour le très mignon et très célèbre Tiki souriant. Il est caché dans ce qui ressemble à une clairière dans une forêt de cocotiers. Pifa nous laisse passer devant. A nous de le découvrir. Ha ! Ha ! C’est moi qui tombe dessus. Il est trop chou ! On dirait qu’il a des lunettes !! Eden craque autant que moi !

En réalité, nous sommes dans une vallée, au cœur d’un ancien village, sur un ancien Meae (Marae version Marquisienne) non restauré. Pifa en profite pour nous expliquer les bases de l’organisation Marquisienne originelle au sein des villages : Le principe était celui de castes : En haut, le Meae, l’espace sacré, où se tenaient : Au sommet, les chefs de clan, puis les prêtres. Autour, les guerriers, les docteurs. Et puis, dans le village, pour qui cet espace était “tapu” (tabou, quoi, interdit, le mot vient de là), les serviteurs. Une organisation qui n’est pas sans nous rappeler celle du Rajasthan ou de nos sociétés au Moyen-Age non ?

On y découvre aussi les “tohua”, terrasses dédiées aux festivités, en bordure de village.

Pifa nous explique qu’ici se tenait un grand village, de plusieurs milliers d’habitants. Heu.. Et maintenant il n’y a que 2 400 habitants sur toute l’île ? Que s’est-il passé exactement ? Une petite idée sur le rôle de l’arrivée des blancs …mais Pifa maintient le suspens…

Nous reprenons notre route qui passe par les crêtes, et offre des panoramas tous plus beaux les uns que les autres. Pas bon pour mon vertige, cette route, mais que c’est beau ! Nous redescendons bientôt pour atteindre le petit village de Nahoe, 120 habitants. Pifa en profite pour nous montrer des “pae pae” (plateformes de blocs rocheux sur lesquels étaient posés les habitations dans le temps) qui encore aujourd’hui accueillent des maisons, et des pétroglyphes (pierres sculptées, vestiges archéologiques) posés deci-delà sans que plus personne n’y prête attention.. Jolie plage de sable noir encore. Au loin les pêcheurs sont en pleine action avec leurs filets, alors qu’à côté de nous le sable retient la rivière, créant un petit “lac” où les enfants batifolent. Image de paradis.

Mais de quoi vit-on aux Marquises ? La végétation y est luxuriante : les îles sont assez proches du tropique du Capricorne, et leur relief vertical retient les nuages. Elles sont donc bien arrosées. On y vit essentiellement du coprah (le séchage de la chair des noix de coco, pour vendre ensuite aux huileries de Tahiti, qui en feront l’huile de coco), des quelques métiers essentiels à tous (mécanique, coiffeur, tatoueur), d’art (sculpture), mais surtout, on essaie d’être auto-suffisant : lorsque vous construisez votre maison, vous plantez immédiatement dans votre jardin tous les arbres fruitiers dont l’île regorge (banane, arbre à pain, pamplemousse, mangue, coco), et puis tout le monde chasse (le cochon sauvage et la chèvre), et pêche, évidemment. Le tourisme ? A part quelques uns, comme Pifa, franchement non : peu de gens visitent les Marquises, à part quelques voiliers…

Notre vision du Paradis s’étiole quand même pas mal lorsqu’on interroge Pifa sur l’éducation et la santé  dans ces petits villages : Les enfants ne peuvent rester dans les villages les plus reculés que jusqu’à la fin du CE1. Ensuite, il faut aller à Atuana, par la piste, impraticable en saison des pluies. Beaucoup d’enfants de village sont donc pensionnaires dès leurs 8 ans…dur.

Nous remontons dans notre 4X4, et heureusement que c’est Pifa qui est au volant, je n’ose rien dire. La piste est de plus en plus étroite, de plus en plus sinueuse, de plus en plus à flanc de falaise, remonte sec, pour redescendre tout aussi vite…On arrive bientôt ? (Genre « j’ai faim »…).  Dans un virage encore plus serré que les autres, Pifa nous explique que du haut de la falaise juste à l’à pic de nous se pratiquaient des sacrifices : on y jetait d’en haut des jeunes filles ! 

Un peu plus tard nous arrivons à Puamau, petit village à la plage de sable gris.

Nous déjeunons “Chez Marie-Antoinette”, un petit restaurant hors d’âge. Le patron, qui vient nous saluer, doit bien avoir 85-90 ans ! Nous déjeunons sur une terrasse des plus simples, de la chèvre (ha, ça y est, on connait, des frites de “uru” (le fruit de l’arbre à pain, excellent), poisson cru “à la Marquisienne” et autres délices. Mais nous ne nous attarderons pas trop : le cadre n’a juste aucun charme… Et puis le temps passe vite.

Eden et Pifa chez Marie-Antoinette - Hiva Oa - Iles Marquises - Polynésie
Eden et Pifa chez Marie-Antoinette – Hiva Oa – Iles Marquises – Polynésie

Si nous sommes venus jusqu’ici, au Nord-Est de l’île pour une raison bien précise : Découvrir le site archéologique d’Iipona, l’un des mieux conservés de l’Archipel, témoin de la civilisation Marquisienne avant l’arrivée des Européens. C’est aussi l’un des lieux sur lesquels se sont le plus penchés les archéologues depuis le début du XXeme siècle. Il remonterait au XVIIIeme siècle.

On y retrouve le désormais familier “Meae” (ou Marae en Tahitien) avec ses grandes terrasses, mais surtout, au fond, on devine de grands tikis.. Pifa nous fait languir avant de nous approcher d’eux.

Il commence par nous rappeler l’aspect sacré des Meae, encore aujourd’hui très respectés. D’ailleurs, les femmes n’y étaient pas admises, et Pifa fait bien attention à ce qu’ Eden et moi ne profanions pas d’espace “Tapu” (les plateformes, notamment). Haha, elle est encore bien vivace, cette culture !

Petite interro de révision à Eden, elle se souvient de tout (mieux que nous) : les castes, les chefs, les guerriers, les guérisseurs, etc… Ouf, tout va bien.

Pifa nous montre des espaces que nous ne serions absolument pas capables d’appréhender seuls, comme celui des supplices : Les Marquisiens pouvaient infliger à leurs ennemis des sorts bien cruels : leur défoncer la tête avec un “casse tête” (arme portant bien son nom), ou, pour les traîtres, les enterrer vivants, la tête en bas. Quant à leur côté cannibale, il était plutôt signe de respect : on pouvait parfois manger son ennemi pour en absorber le “mana” (s’emparer de sa force, sa puissance, ses qualités).

Nous apprenons également que la société Marquisienne était exclusivement basée sur le mérite, bien loin de notre “monarchie de droit divin” : Les fils aînés de chaque famille devaient suivre un certain nombre de rites initiatiques, qui allaient définir leur rôle au sein du clan, jusqu’à pouvoir potentiellement en devenir le futur chef. Parmi ceux-ci : la chasse, ou le combat par exemple. Et à chaque étape, un tatouage était fait sur le corps du jeune homme, véritable CV corporel. Les morts étaient nombreuses et seuls les plus valeureux pouvaient prétendre à devenir guerrier, guérisseur ou… chef suprême. Une fois les épreuves passées, chaque jeune se voyait confié à un mentor qui l’avait préalablement choisi.

Enfin Pifa nous mène près des tikis. Sur notre gauche, un tiki étrange, couché, féminin, symbole de fertilité et du rôle fondamental des “accoucheuses”. Au fond, 4 tikis représentent le chef du clan et ses plus fidèles guerriers. Pifa en profite pour aborder les origines des Marquisiens : Descendants de peuples venus d’Asie du Sud Est, ils furent les premiers à peupler la Polynésie autour de l’an 0, et c’est à partir des Marquises que les autres archipels se peuplèrent. Témoin notamment cet art ancestral du tatouage, également retrouvé en Asie. Mais ce qui est étonnant, et n’a pas encore d’explication, est la taille de ces premiers Marquisiens. On parle bien de géants : les os de tibia retrouvés font penser que certains auraient pu mesurer 2 mètres 40 !! Pifa nous indique d’ailleurs qu’on n’a qu’à regarder les tikis devant nous : les hommes qui les ont sculptés ont voulu représenter des hommes “taille réelle”. Ha bon ? Mais ils sont immenses ! Mais… Pifa aussi est immense…

Notre guide se révèle passionné et passionnant. Et avec Eden il a trouvé son meilleur public ! Sur le chemin du retour, devant une vue splendide sur Ua Huka, l’île aux oiseaux, en face, Pifa en profite pour nous compter, avec toute sa verve Marquisienne, le mythe fondateur de la création des îles. Un vrai spectacle !

Le Dieu Oatea vivait avec sa femme, Atanua. Mais il déplaisait à sa femme de vivre ainsi, sans maison (hae). Alors, Oatea construisit sa maison, en une nuit :

  • Ua Pou : les deux piliers
  • Hiva Oa : la poutre faitière
  • Nuku Hiva : les chevrons
  • Fatu Hiva : le toit en palmes de cocotiers
  • Ua Huka : le trou pour les déchets

Il acheva son travail juste avant le scintillement de l’aube : Tahuata. Dans un dernier souffle, alors que ses forces magiques le quittaient, il murmura « Eiao ».

Lorsque le soleil surgit, Atanua s’écria “Voici que s’illumine “La Terre des Hommes”, la maison, visible au milieu du grand océan.

Allez, il nous faut repartir, le temps passe décidément bien trop vite aujourd’hui. Eden veut “encore une légende”.  Notre conteur né accepte : “bon, d’accord, dès que la route tourne moins” (et je suis bien d’accord avec lui, j’aime autant qu’il se concentre au volant).

Ce sera  Hakamanu, la légende de la danse de l’oiseau, l’une des danses les plus célèbres des Marquises : elle conte l’histoire de la sœur d’un grand chef de Nuku Hiva, qui interpréte une danse de toute grâce et de toute beauté qu’elle était la seule à maîtriser. Elle décède et son âme est censée rejoindre celle des morts, au large de Hiva Oa. Mais elle refuse de mourir et en chemin, elle est recueillie par un pêcheur, qui tombe amoureux d’elle. Ils ont un fils. Celui-ci part à la guerre contre le peuple de Nuku Hiva mais le combat tourne mal, et il est fait prisonnier par son oncle, qui refuse de croire qu’il est le fils de sa sœur défunte. Le père du jeune homme part à sa recherche, après que sa femme lui ait enseigné sa fameuse danse. Lorsqu’il l’interprête devant son beau-frère, celui-ci accepte de reconnaître son neveu et le libère.

Entre monde des vivants et des morts, cette danse symbolise l’amour et la vie sur la Terre des Hommes.

Encore, encore une légende, Pifa ! Mais cette fois-ci on est arrivés et la journée s’achève. Ce soir, Pifa assure la sécurité à une fête de mariage. Mais demain, il part pour une autre excursion en bateau, sur l’île de  Tahuata. Michel et nous décidons de passer une seconde journée avec lui !

 

Le 23 Février, nous avons donc rendez-vous avec Pifa au port. Tahuata, la plus petite île habitée des Marquises (700 habitants !!), n’est séparée de Hiva Oa que par le canal du Bordelais, large de 4 Km. En forme de croissant de lune, vestige de la caldeira du volcan qui l’a formée, elle recèle de jolies petites plages de sable blond aux eaux claires, car c’est la seule île marquisienne dotée de formations coralliennes. Mais sa douceur est toute relative, avec ses sommets à plus de 1000 mètres alors qu’elle a un diamètre inférieur à 10 km !

Pifa nous attend déjà, avec d’autres touristes, dont notre cher Michel, comme prévu, mais aussi deux autres couples et une petite famille. Ha…on sera un peu moins seuls que la veille…Et puis super, Eden va pouvoir passer la journée avec Martha et Gaspard, respectivement 12 et 10 ans. Le courant passe vite. On attend le bateau (?). Pifa nous avoue en riant que le bateau initialement prévu a été retenu je ne sais où, et que c’est le bateau de son cousin que nous allons prendre, qu’il a trouvé hier au mariage, à 11H du soir. La magie des petites îles ! En même temps, il assure, Pifa !

Pifa débarque à Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Pifa débarque à Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Enfin nous pouvons remonter le canal. On s’attend à une navigation douce pour les 4 petits kilomètres à parcourir, mais pas du tout, la houle est bien présente, et le vent souffle fort !

Nous débarquons un peu plus tard au village de Hapatoni. Un homme, sur la berge, le corps totalement recouvert de tatouages, pareil à un guetteur, attend on ne sait quoi. Nous traversons la superbe voie royale, construite en front de mer par la reine Vaekehu au XIXeme siècle. Nous retrouvons un très beau meae ici aussi, mais nous sommes beaucoup plus indisciplinés que la veille.

Le penseur - Quai de Hapatoni - Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Le penseur – Quai de Hapatoni – Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Une mignonne petite fille nous suit depuis quelques temps. Pifa l’invite à nous interpréter la danse de l’oiseau. Craquante. Elle restera avec nous tout le long de la visite de son village, rejoignant la petite troupe constituée de Martha, Gaspard et Eden. Elle peut aller à l’école ici : Le village compte deux institutrices, assurant la scolarité des enfants jusqu’au collège, parfois même la 6eme. Ensuite…il faut partir en internat. Pifa se souvient son enfance : lui allait à l’école à cheval… Quant aux rites initiatiques, il y a eu droit et ils sont encore bien présents aux Marquises : la première fois que l’on pêche, que l’on chasse. Ces moments clés, il les a vécus, et son fils aussi.

 

Nous visitons la jolie église en pierre, et son cimetière à côté.

Puis nous rendons au fare artisanal : Tahuata est réputée pour son artisanat et deux des plus grands sculpteurs des Marquises vivent ici. Nous traversons d’ailleurs un atelier, où nous pouvons admirer le travail du bois. Au fare, quelques femmes vendent des objets et bijoux en bois ou os sculpté. Tant qu’à ramener quelque chose de Polynésie, j’aimerais pour moi qu’il vienne d’ici. Je choisis une petite paire de boucles d’oreilles en os. “Ha le voyage”, me dit la vendeuse. ?? Comment elle sait ?? Sans m’en rendre compte j’ai choisi le bijou qui symbolise notre tour du monde. Troublant. Mais je n’ai pas trop le temps de me creuser la tête : la bonne humeur est au rendez-vous et les hommes ont retrouvé leur âme guerrière et se sont lancés dans une interprétation assez…spéciale de la danse du cochon. L’autre grande danse des Marquisiens. OK, OK, le ridicule ne tue pas mais comment vous dire, Messieurs, ça ne fait pas le même effet que si c’est un beau Marquisien tout tatoué qui danse…

Discussion entre hommes - Geo et Pifa - Hapatoni - Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Discussion entre hommes – Geo et Pifa – Hapatoni – Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Nous reprenons le bateau pour un arrêt quelques minutes plus tard au village de Vaitahu. C’est là que nous déjeunerons, « chez Jimmy« . Alors, c’est pas mauvais chez Jimmy. Mais n’allez jamais aux toilettes ! Petit traumatisme mis à part, nous nous rassemblons par affinités et c’est tout à fait naturellement que nous nous retrouvons à la table de Gislaine et Patrice, les parents de Martha et Gaspard. On apprend qu’ils vivent en fait à Tahiti, et sont en réalité en vacances ici. Bon feeling, on a juste envie de les connaitre plus encore à la fin du repas.

Chez Jimmy - Vaitahu - Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Chez Jimmy – Vaitahu – Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Petit tour dans le village. Tiens, ici on promène..son cochon !! On le baigne !!

Ici on promène son cochon - Vaitahu - Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Ici on promène son cochon – Vaitahu – Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

A quelques mètres derrière nous, les pics de l’île. Au centre du village, une grande esplanade, et derrière une somptueuse église, où Pifa nous mène ! Mais que fait une église si grande sur une île si peu peuplée. Elle a été offerte par le Vatican en 1988 pour rappeler le rôle de Tahuata dans l’évangélisation des Marquisiens. Pifa nous fait admirer la chair et les vitraux du magnifique bâtiment. Les symboles de la culture Marquisienne cohabitent ici sans mal avec ceux de la religion catholique.

Eglise et tiki - Vaitahu - Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Eglise et tiki – Vaitahu – Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Et c’est ici que Pifa réunit son auditoire pour nous en dire plus sur le rôle de Tahuata, les enfants au premier rang. Petite interro pour eux trois. Eden a bien retenu les leçons d’hier, et Gaspard et Martha, vivant à Tahiti, en connaissent un rayon. De quoi bluffer notre géant, décidément sous le charme de ces enfants “trop intelligents”.

Il nous raconte que c’est à Vaitahu que débarquèrent les premiers Européens, d’abord Espagnols via leur vice-roi du Pérou, à la recherche d’un nouveau continent “rempli d’or” (ils y célébrèrent une messe en 1595 !). Ne trouvant pas d’or, ils passèrent leur chemin, juste le temps de baptiser les îles et de leur “enlever” leur nom original de “Terre des Hommes”. Puis c’est Cook qui y débarque en 1774, et quelques années plus tard, les Français, soucieux de ne pas “laisser” tout le Pacifique aux Anglais. Ensuite, les missions s’installèrent, Protestantes côté Anglais, et Catholiques côté Français. Tahuata joua donc un rôle primordial dans l’évangélisation (forcée) des Marquises. Les rites et cérémonies religieuses furent bannis, on obligea les populations à “se vêtir”, on enterra même les tikis sous les églises ! Enfin, c’est à Tahuata qu’en 1842 les Français firent signer au chef local, victime d’un marché de dupes, le rattachement des Marquises à la France.

Entre temps, les populations locales périclitèrent : On estime qu’au départ les Marquises comptaient 80 000 habitants. Les clans pouvaient compter 6 000 membres ! Les maladies, rapportées par les marins, firent passer progressivement la population de l’Archipel à 50 000 puis 20 000, puis 2 000. Aujourd’hui, 10 000 Marquisiens vivent sur leurs terres, et 20 000 en exil. Gloups…

Mais Pifa reste optimiste : le renouveau culturel est bien là, et il ne s’agit pas de faire “comme avant” mais bien d’allier culture ancestrale, foi chrétienne et modernité.

Nous reprenons le bateau. Dernier arrêt de la journée dans une magnifique petite plage ourlée de sable blond. Nous sautons du bateau, et après quelques brasses bien rafraîchissantes, nous rejoignons le rivage. Les enfants, et les grands, jouent comme des fous dans les flots.

Nous finissons quand même par rejoindre le bateau pour rentrer à Hiva Oa.

Au port, les adieux sont un peu tristes après cette superbe journée (et celle de la veille).

Pifa se prend en photo avec les kids

Pifa et les kids - retour de Tahuata - Iles Marquises - Polynésie
Pifa et les kids – retour de Tahuata – Iles Marquises – Polynésie

Michel nous invite à La Rochelle, où il vit.

Gislaine et Patrice nous invitent chez eux à Tahiti, lorsque nous repasserons sur l’île.

La Rochelle, on aimerait bien, mais on ne sait pas quand, par contre, Tahiti, si vous voulez bien de nous, nous allons nous revoir bien vite ! Merci ! Quelle générosité !

Pierrick est venu nous chercher. Nous repassons par Atuana. A la sortie du village, nous découvrons l’antique Tohua (espace dédié aux festivités) Pepeu, restauré en 1991 puis 2015 pour le Festival des îles Marquises. On a failli passer à côté !

De retour à la Villa, nous passons de nouveau une délicieuse soirée avec Pierrick et Mimi et leur intarissable ami de Moorea, venu leur rendre visite, et parcourant les Marquises…à vé lo. Electrique, soit, mais quand même, ça grimpe sec par ici !

Il est bientôt temps de nous dire bonne nuit, car demain nous partons à Nuku Hiva.  

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